Au Cégep Marie-Victorin, deux perspectives opposées mais complémentaires éclairent la réalité grandissante de l’anxiété chez les jeunes en 2025 : celle de Yohann, un étudiant rencontré le 1e décembre à 17h qui dit vivre chaque jour avec ce trouble, et celle d’une professeure en éducation spécialisée interrogée le lendemain 2 décembre à 11h. Leurs témoignages, recueillis sur le terrain, révèlent à quel point l’anxiété influence désormais le parcours scolaire, les relations, les bien-être des étudiants et pourquoi il devient urgent de mieux les soutenir.
Une anxiété omniprésente dans le quotidien étudiant
L’anxiété s’impose comme un enjeu majeur pour plusieurs étudiants. Yohann, 20 ans, en est un exemple révélateur. Lorsqu’une crise survient, il ressent une accélération soudaine du rythme cardiaque, un essoufflement et une lourdeur thoracique qu’il décrit comme « mon cœur s’emballe ». Ces manifestations l’envahissent surtout lorsqu’il doit parler devant un groupe, répondre rapidement à une question ou évoluer dans un environnement bruyant et surpeuplé.
Pour apaiser ses épisodes, il privilégie des techniques simples comme des exercices de respiration, marche, écoute musicale et retrait temporaire dans un endroit calme. Il souligne que ces stratégies lui ont été suggérées par sa copine et qu’elles constituent aujourd’hui ses principaux outils d’autorégulation. Sa chambre, qu’il perçoit comme un espace sécurisant, lui permet de retrouver un état de stabilité grâce à la méditation, la prière et la solitude.

Malgré les contraintes imposées par l’anxiété, Yohann demeure fier de certaines réalisations du quotidien, notamment sa capacité à se rendre à l’école, un milieu qu’il associe à un contexte particulièrement anxiogène. Il estime que ce simple geste constitue un véritable accomplissement puisqu’il démontre qu’il n’abandonne pas. Il ajoute toutefois que l’incompréhension de l’entourage représente un obstacle important. Plusieurs croient qu’il suffirait de se calmer alors que, pour lui, sa réaction physique demeure involontaire et difficile à maitriser.
Un soutien bienveillant peut cependant influencer positivement son expérience. Il se rappelle un moment marquant : quelqu’un lui avait simplement dit « je suis là avec toi », une intervention qu’il a perçue comme profondément apaisante. Pour retrouver un sentiment de contrôle, il utilise également de petits objets, tels qu’un stylo ou une balle, qui l’aident à se recentrer lors des épisodes plus intenses.
Malgré les difficultés, Yohann nourrit des ambitions claires : réussir ses études, obtenir un emploi stable et idéalement, poursuivre un parcours vers la profession d’avocat. Il souhaite rappeler aux jeunes vivant avec l’anxiété que cette condition ne définit ni leur valeur ni leurs capacités et qu’il demeure possible de progresser vers leurs objectifs.
L’école face à l’anxiété : regards d’un professeur
Un professeur en éducation spécialisée qui préfère garder l’anonymat observe une montée constante de l’anxiété chez les jeunes. Selon elle, la forme la plus fréquente demeure l’anxiété de performance. Les étudiants se sentent obligés de réussir partout : à l’école, au travail et même dans leurs relations. Elle note également une anxiété plus généralisée, liée aux événements de la vie quotidienne : examens, interactions sociales, inconforts physiques ou inquiétudes de santé.
Pour elle, les causes sont d’abord sociales. « On ne se laisse plus le droit à l’erreur », explique-t-elle. Les jeunes évoluent dans le contexte ou tout doit être compris rapidement, bien fait et performant. La pression constante de réussite accélère l’apparition de réactions anxieuses.
« Les jeunes ont peur de ne pas être à la hauteur; c’est la peur de l’échec qui domine. »
– Une enseignante en éducation spécialisée

Les premiers indicateurs d’anxiété qu’elle repère sont souvent physiques : maux de ventre, maux de tête, trouble de sommeil, perte d’appétit. Elle remarque aussi des comportements de fuite, l’évitement d’activités ou la crainte de faire face à des défis jugés trop grands.
En classe elle adopte une approche pédagogique centrée sur la normalisation des émotions. Elle commence par nommer ce qui est vécu : le stress, selon elle, possède une fonction utile. Elle encourage les élèves à reconnaitre leurs émotions et à les verbaliser, tout en rappelant que l’anxiété peut être gérée par des stratégies simples comme la respiration, la réflexion ou la mise en pause.
Le soutien auprès des parents vise à les aider à comprendre que l’inconfort fait partie du développement. Elle affirme qu’il ne faut pas chercher à éliminer chaque malaise, mais plutôt permettre au jeune d’apprendre à y faire face.
Cependant elle déplore le manque de ressources scolaire en 2025. Elle estime qu’il faudrait davantage de psychoéducateurs, psychologues et intervenants spécialisés. Selon elle, les écoles doivent repenser entièrement sur la manière d’accompagner les jeunes dans cette problématique. Elle encourage donc les élèves et les parents à en parler ouvertement, à appliquer des stratégies simples et reconnaitre les progrès même minimes.















