Quand l’insécurité alimentaire frappe les étudiants

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Face à l’inflation et au coût de la vie qui explose, un nombre croissant d’étudiants se tournent vers les banques alimentaires. Pour certains, c’est même devenu une question de survie.

Un enjeu qui prend de l’ampleur

Dans les cégeps et universités, l’insécurité alimentaire est devenue une réalité quotidienne pour des milliers d’étudiants. Que ce soit le prix du logement, le transport, l’inflation, l’horaire de travail épuisant, plusieurs jonglent avec des contraintes financières tellement importantes qu’ils n’arrivent plus à acheter des aliments de base.

Ibrahim, étudiant au cégep et employé à temps partiel, en fait partie. Lors de notre entrevue, il raconte sans détour la pression constante qu’il vit :

« [Le gouvernement] doit comprendre que ce n’est pas normal que des gens dans ma situation, qui stressent déjà énormément pour le travail et les études, et qui travaillent jusqu’à pas d’heure, aient encore à dépendre des banques alimentaires pour subvenir à leurs besoins. »

Pour lui, cette aide, qui était de base un service sur le côté, est devenue une nécessité afin de pouvoir se nourrir.

« Aller à la banque alimentaire, ce n’est pas une honte »

L’un des obstacles majeurs reste la stigmatisation. Beaucoup hésitent à demander de l’aide, par peur d’être jugés. Pourtant, Ibrahim insiste : « Aller à la banque alimentaire, ce n’est pas une honte ».

« Même s’il y en a qui peuvent dire que c’est la honte, moi je trouve que c’est très utile. Je recommande ça à tout le monde. »

Son témoignage reflète celui de nombreux étudiants : motivés, travaillants, mais incapables de couvrir leurs besoins de base à cause d’un coût de la vie en hausse constante.

« On voit de plus en plus d’étudiants »

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, nous avons interrogé Benoist de Peyrelongue, Directeur général de la CCHM (Cuisine collective Hochelaga-Maisonneuve). Selon lui, la tendance est frappante :

« Il y a cinq ans, les étudiants représentaient peut-être 10 % de nos usagers. Aujourd’hui, c’est plus de 30 %. Et ce n’est pas parce qu’ils gèrent mal leur budget, c’est parce que tout coûte trop cher. »

Une assiette vide reflétant le quotidien des étudiants. Crédit : Aya Mahmoud

Il ajoute que plusieurs jeunes arrivent avec un sentiment de honte ou de gêne, ce qu’il tente constamment de déconstruire :

« La faim, ce n’est pas un échec personnel. C’est un problème social. Notre rôle, c’est de leur offrir un filet de sécurité pendant qu’ils essaient de bâtir leur avenir. »

Le manque de nourriture n’affecte pas que la santé physique mais il nuit directement à la réussite scolaire. Concentration, énergie, motivation, tout chute quand l’estomac est vide. Benoît de Peyrelongue explique :

« Ce n’est pas normal qu’un étudiant qui travaille jusqu’à pas d’heure doive encore compter sur une banque alimentaire. »

– Ibrahim, étudiant au cégep

« On voit des jeunes qui sautent des repas pour payer leur transport ou leur loyer. Certains viennent nous dire qu’ils n’arrivent plus à suivre leurs cours parce qu’ils ne mangent pas assez. »

Plusieurs établissements scolaires ont commencé à réagir en mettant en place des paniers solidaires, des frigos communautaires ou des repas gratuits ponctuels. Mais selon Benoît, c’est loin d’être suffisant.

Un gouvernement qui doit se remettre en question

Les témoignages comme celui de Ibrahim soulignent un problème qui dépasse les murs des cégeps et universités. Un jeune qui étudie, travaille et tente de se construire un avenir ne devrait pas avoir à choisir entre manger et payer son loyer. Ibrahim le résume très bien, il ne demande pas du luxe, seulement la possibilité de vivre dignement pendant ses études.

Tant que les coûts continueront d’augmenter plus vite que les salaires étudiants, les banques alimentaires resteront essentielles, mais elles ne devraient jamais devenir une solution permanente.

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